s'échapper d'une pierre. La soif m'a pris.
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Nuage
L'étang
Les voix
Le livre était sur la table. Un livre avec une couverture décolorée. On pouvait à peine lire le titre : La Pensée sauvage. De la salle de séjour, des voix parvenaient jusqu'au livre, sans rien changer au nombre de pages. À bien y regarder, toutes les choses étaient rigoureusement rangées dans cette pièce, et les voix n'y pouvaient rien.
Flots bleus
Vertige
Le soir
Pourquoi le vent siffle-t-il dans les arbres ? Et ces feux qui brillent sous les nuages ? Regarder les étoiles étendu sur le sol, les mains jointes sur le ventre, le cinéma, le ciel. Les aiguilles glissent vers minuit. Je rêve.
Le vent
Il y a ce vent qui glisse sur les herbes. Il y a ce vent qui agite la cime des arbres. Il y a ce vent qui caresse ta joue. Et ce vent de soupirs qui perturbe mon âme...
Cumulus
Vingtième jour d'avril. Le temps est tiède. Il tombe des flocons de neige. Derniers sursauts de l'hiver. C'est l'Amérique sans les courants Stream. Il y a la musique de Brad Mehldau à la radio. «Nearness of you». Je crois que l'album s'intitule Anything Goes. C'est comme rêver aux nuages.
Printemps
J'ai vu le film et la fin de l'hiver. Il y avait les fleurs rouges sur la robe bleue. Il y avait les herbes couchées sur le sol et le bruissement des pas. Le soleil dormait sous les eaux. La glace avait disparu.
Banquise
Les traits du visage ne sont plus ce qu'ils étaient. Ses mains tremblent. Son dos est voûté. Il n'est pas arrivé à lire la lettre qu'il a reçue pour son anniversaire. Dans quelques mois, il sera aveugle. Fini le cinéma.
Flocons
Il n'y avait plus de lignes au creux de ses mains. Il n'y avait plus d'air qui entrait dans son corps, ni par la bouche ou par le nez. Ses cheveux blanchis étaient droits raides glacés. Ses yeux grand ouverts brillaient comme des flocons de neige. Couché par terre, il faisait le mort, admirablement.
Tempête de neige
Le vent gonfle l'entoilage d'un immeuble en construction. Un homme marche avec un escabeau sur la tête. Les phares des voitures kaléidoscopent la neige qui virevolte. De l'eau coule dans ma gorge. Dans trois minutes, je serai à la maison.
Nuit boréale
Le téléphone a résonné en pleine nuit. Trois coups, quatre... J'ai répondu, à demi endormi... Il y avait au bout du fil la musique d'un film muet, à peine audible. Puis cette voix douce, inconnue. «Tu entends la musique déliceuse de L'Homme à la caméra ?» Dehors, la neige tourbillonnait devant la fenêtre.
Enneigé
La neige tombe finement. Les gens se regardent mais n'ouvrent pas la bouche pour parler. Une jeune femme tient un paquet dans ses bras. Un homme achève sa cigarette. La lumière passe du rouge au vert. Le trottoir se vide. J'espère avoir de tes nouvelles.
Givré
Le bus roule franc-nord. Des passagers dorment. Un homme serre un jeune garçon dans ses bras. Une vieille femme fouille à l'intérieur d'un sac. Assis tout seul, dernière rangée, un homme lit un roman de Houellebecq. Les fenêtres sont glacées. On ne voit rien dehors.
Dégel
On marchait dans la neige depuis des heures. La nuit venait. Très loin devant, au milieu de nulle part, un lanternon illuminait le ciel. Arrivés si près qu'on aurait pu le toucher, il s'éteignit.
Neige
Les parents sont disparus. Les amis ne viendront pas. C'est la nuit polaire. À chaque respiration, un filet d'air froid sillonne mes entrailles. Une fumée blanche sort de ma bouche. J'ai la nausée.
Iceberg
Je n'ai pas eu le temps d'écrire cette lettre. Ce sera pour demain. Dehors, la neige me semble aspirée par le faisceau lumineux des lampadaires. Une fois couchée sur le bitume, elle s'évapore. Elle disparaît. Pas d'iceberg à l'horizon.
Frasil
Il y a cette eau qui coule sous la glace et cette chose qui reste figée dans la mémoire. J'aurais aimé sentir ta chaleur une fois.
Glaciers
Cette solitude, elle pèse lourd. Elle est nordique, peuplée de lacs gelés, de sentes incolores. Elle m'est si familière et enneigée, frimassée... Sur la route fardée de blanc, il y a ce froid qui traverse mes os.
Perdre le nord
Il n'y a rien à dire, ou presque. Le ciel est bleu. La forêt vacille. Je perds le nord. Souvent? Très.
Le voyage d'hiver
Je me souviens des premiers mots, des premières images. Ça ressemblait au voyage d'hiver de Pérec. Impossible d'imaginer ce qu'il y avait devant, tout au bout. Le tumulte ? La folie ? Finalement, bien peu de choses.
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